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Dernière mise à jour : Mai 2018

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Comité Interne en Agriculture Biologique

CIAB - Comité interne en agriculture biologique

ALECAPAB (2016-2019) Analyse à large échelle de la capacité productive de l’agriculture biologique

Agriculture biologique - ALECAPAB AgriBio4
© Inra / Christophe Maitre
Ce projet vise à alimenter le débat sur les capacités de l'AB à "nourrir le monde". Il cherche en particulier à affiner l'analyse en prenant en compte la variabilité des rendements des cultures (et non simplement leur rendement moyen), mais aussi les évolutions des rotations et donc des assolements qu'implique le passage à l'AB. Il cherche également à apprécier dans quelle mesure la conversion à l'AB de régions entières risque d'entrainer des problèmes d'approvisionnement en azote et phosphore, deux facteurs déterminants de la production végétale. Le projet portera sur quelques pays contrastés (industrialisés et en développement) et évaluera divers scénarios de développement de l'AB (par ex. 20% des surfaces agricoles).

La capacité de l’AB à « nourrir la planète » fait l’objet de vives controverses. Cette question a été notamment abordée au moyen de méta-analyses portant sur la productivité des cultures conduites en AB vs en agriculture conventionnelle, culture par culture (Badgley et al., 2007a ; de Ponti et al., 2012 ; Ponisio et al., 2015 ; Seufert et al., 2012). Ces travaux ont apporté des résultats utiles, mais ont aussi soulevé de nombreuses questions et controverses (Badgley et al., 2007b ; Connor, 2013 ; Ponisio et al., 2015).

Deux critiques majeures ont été formulées : la première porte sur le fait que les travaux cités se sont concentrés sur la productivité moyenne des cultures en AB, sans examiner la variabilité des rendements, dans le temps ou dans l’espace. La seconde critique porte sur le fait que ces études n’ont pas pris en compte l’impact potentiel d’une extension spatiale de l’agriculture biologique sur ses performances. Or, en cas d’extension forte de l’AB, de nouvelles contraintes pourraient limiter les rendements obtenus et/ou leur variabilité, du fait des modifications des interactions de l’AB avec l’agriculture conventionnelle, ou encore parce que les ressources mobilisables pour satisfaire les besoins en éléments minéraux de l’AB conformément à son cahier des charges pourraient devenir limitantes (cas de l’azote et/ou du phosphore). 

Notre projet s’intéresse à la capacité productive de l’AB, en particulier dans le cas où celle-ci serait appelée à se développer largement (par exemple au-delà de 20% voire 50% de la SAU mondiale). Nous proposons d’aborder deux aspects : (i) l’analyse de la variabilité interannuelle et spatiale des rendements des cultures en AB vs en agriculture conventionnelle, à l’aide de séries temporelles. Nous formons l’hypothèse que la variabilité des rendements des cultures en AB est plus forte qu’en agriculture conventionnelle du fait d’un moindre recours aux intrants pour contrôler le milieu ; (ii) l’analyse de la capacité de la SAU à être convertie à l’AB sous contrainte de satisfaction des besoins en azote (N) et phosphore (P) des cultures conformément au cahier des charges de l’AB. Pour cela, nous proposons de quantifier d’une part la demande en éléments minéraux de systèmes de culture en AB et d’autre part, la fourniture en éléments minéraux par des cultures fixatrices d’azote ou par des effluents d’élevage et ce pour différentes fractions de la SAU converties à l’AB. Ces estimations tiendront compte de la variabilité des rendements des cultures évoquée ci-dessus. Nous formulons l'hypothèse qu'au-delà d'un certain pourcentage de la SAU occupé par l’AB la satisfaction de ses besoins en P pourrait devenir critique.

Enfin, nous proposons d’intégrer l’ensemble des résultats concernant ces deux aspects sous forme de scénarios de développement de l’AB qui seront analysés en termes de moyenne et de variabilité des disponibilités alimentaires générées. Les méthodes mobilisées seront issues de l’agronomie, de la statistique et de la modélisation mathématique. Les résultats porteront sur la variabilité des rendements en AB, la capacité de l’AB à se développer sous contrainte de disponibilité en éléments minéraux et sur les conséquences en termes de disponibilité alimentaires (en moyenne et en variabilité) de scénarios de développement de l’AB.

Références
Badgley C. et al., 2007a. Organic agriculture and the global food supply. Renewable Agriculture and Food Systems, 22(2): 86-108.
Badgley C., Perfecto I., Chappell M.J. and Samulon A., 2007b. Strengthening the case for organic agriculture: response to Alex Avery. Renewable Agriculture and Food Systems, 22(4): 323-327.
Connor D.J., 2013. Organically grown crops do not a cropping system make and nor can organic agriculture nearly feed the world. Field Crops Research, 144: 145-147.
de Ponti T., Rijk B. and Van Ittersum M.K., 2012. The crop yield gap between organic and conventional agriculture. Agricultural Systems, 108: 1-9.
Ponisio L.C. et al., 2015. Diversification practices reduce organic to conventional yield gap. Proceedings of the Royal Society B., 282: 20141396.
Seufert V., Ramankutty N. and Foley J.A., 2012. Comparing the yields of organic and conventional agriculture. Nature, 485: 229-232.

Ce projet est porté par Thomas Nesme, UMR 1391 ISPA (Inra / Bordeaux Sciences Agro). thomas.nesme @ agro-bordeaux.fr 
Financé dans le cadre du programme AgriBio4, il est prévu pour une durée de 3 ans (janvier 2016-décembre 2018).