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Dernière mise à jour : Mai 2018

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LabEx BASC

Déplacer des espèces végétales sauvages pour améliorer la viabilité de leurs populations

TransLocPlant
Une base de données (cofinancée par le LabEx BASC) permet d'aborder des questions relatives à la géographie des déplacements d'espèces, aux différences climatiques entre sites d'origine et sites d'accueil, aux motivations à l'origine de ces déplacements, aux critères permettant d'évaluer leur réussite, ainsi qu'à leur coût économique.

Financé dans le cadre de l'Appel à projet "Partenariats" 2017, le projet TransLocPlant s'est déroulé sur 2 ans (2017-2019). Porteur du projet : Bruno COLAS (laboratoire ESE) Partenaires non académiques : Conservatoires botanique national (CBN) des Pyrénées et de Midi-Pyrénées ; CBN Bassin Parisien ; CBN méditerranéen de Porquerolles ; Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) ; Agence Française pour la Biodiversité (AFB)Intitulé complet du projet: TransLocPlant - Translocation d’espèces végétales : vers le développement d’une plate-forme web pour les gestionnaires et les chercheurs

Bruno Colas, l'un de cofondateurs de la base de données, répond à nos questions:

Pourquoi les translocations d’espèces végétales se font-elles plus fréquentes ?

Les pressions anthropiques sur les habitats naturels conduisent à une forte fragmentation des milieux où vivent des espèces végétales dont l’aptitude à la dispersion est limitée. Nombre d’entre elles vivent donc en populations isolées, et ne peuvent pas coloniser des sites potentiellement favorables. En l’absence de trame verte efficace pour de nombreuses espèces végétales, les translocations sont de plus en plus utilisées pour renforcer des populations existantes, réintroduire ou créer de nouvelles populations[1]

Qu’entend-on par translocation ?

Une translocation consiste en un déplacement intentionnel, par l’homme, d’organismes vivants d’un site vers un autre[2]. Elles sont menées généralement dans le but de conserver des espèces menacées, restaurer des écosystèmes dégradés ou encore protéger la nature dans le cadre d’un aménagement, en application de dispositions légales (par exemple la séquence Eviter-Réduire-Compenser en France). 

En quoi les conditions actuelles dans lesquelles se déroulent les translocations ne sont pas satisfaisantes ?

La pertinence et l’efficacité des translocations dépendent de nombreux facteurs liés à la biologie des espèces, aux sites d’accueil et aux méthodes de translocation. Or, les acteurs des translocations (institutionnels, associatifs, entreprises de travaux publics…) disposent de peu de retours d’expériences passées[3], ce qui nuit à l’évaluation de la pertinence de ces opérations et, quand elles sont réalisées (souvent en urgence), à leur chance de réussite.[4]

 

Image BD TransLocPlant tentative en grand

Carte des 1239 populations transloquées à ce jour. Chaque triangle représente la localité de destination d’une population.

.

Comment délimite-t-on une population en biologie ?

En biologie, une population est un groupe d’organismes de la même espèce vivant dans une certaine zone géographique au même moment, avec la capacité de se reproduire. Concrètement, à partir des connaissances sur la biologie de l’espèce, la structure du paysage et la distance séparant des groupes, si on estime que les flux de gènes dus à la dispersion d’individus, de diaspores (ex grains, fruits) ou de gamètes (ex via le pollen) entre ces groupes se produisent seulement quelques fois par génération, on considère ces populations comme distinctes.

Pourquoi les données sur les translocations sont-elles difficilement accessibles ?

Elles relèvent de la littérature grise (c’est-à-dire non publiées) très dispersée et font rarement l’objet de publications scientifiques, particulièrement pour les plantes. 

C’est pour y remédier que vous avez mis en place une base de données ? 

Le projet a visé à mettre en place une collaboration de long terme entre chercheurs et acteurs non académiques des translocations (Agence française pour la biodiversité, Conseil national de la protection de la nature, Conservatoires Botaniques, Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement, bureaux d’études, etc.), avec échanges d’informations sur les translocations passées, pour mieux juger de la pertinence des projets de translocations et améliorer leur protocole (c’est-à-dire les règles dans lesquelles elles sont menées).

Centaurea corymbosaen fleur (© Bruno Colas) TransLocPlant

 Centaurea corymbosaen fleur (© Bruno Colas). Pied de Centaurea corymbosaen fleur, espèce menacée dont deux populations ont été créées en 1994 sur le massif de la Clape, près de Narbonne[5]

La base de données éclaire-t-elle le débat controversé sur un type de translocation mené dans le cadre de l’adaptation au changement climatique : je parle des initiatives visant à déplacer des populations dans des zones moins chaudes et moins sèches, plus proches de leur habitat naturel ? 

La base de données permet d’étudier les distances et directions géographiques et climatiques entre les sites d’origine du matériel biologique et les sites d’accueil. Cette étude en cours[6]permettra de comprendre comment le climat futur est pris en compte par les gestionnaires quand ils pratiquent une translocation, et le poids du changement climatique face à d’autres considérations (propriété foncière, distance, contraintes économiques ou administratives…) lorsqu’un site d’accueil doit être sélectionné.

Quel a été le principal critère d’inclusion à la base de données ? 

La base de données ne recense que les translocations ayant un objectif de viabilité : renforcer une population existante, réintroduire une population éteinte ou introduire (pour la première fois) une population dans un site. Cela se justifie à des fins de comparabilité. Cela n’empêche pas qu’elles puissent poursuivre en plus d’autres objectifs : expérimentation, favoriser des services rendus par la nature (services écosystémiques)… 

Quel a été le degré d’appropriation de la base de données par les chercheurs et les acteurs non académiques ? Peut-on parler d’un effet boule de neige ? 

La base de données (TransLoc) recense à ce jour 1239 populations d’embryophytes (mousses, fougères, plantes à graines), lichens et animaux, transloquées en Europe (au sens géographique) et dans le pourtour méditerranéen. L’idée est très bien accueillie par les acteurs non-académiques rencontrés en France, qui ont commencé à participer au projet. En ce qui concerne les chercheurs, nous avons démarré une collaboration avec une équipe montpelliéraine et une équipe espagnole et nous sommes en contact avec une équipe anglaise.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous espérons pouvoir renforcer les collaborations déjà établies et en créer de nouvelles, notamment avec les acteurs non-académiques étrangers. Mais le déploiement de la base de données et l’extension de son attrait et de sa notoriété dépendront fortement de notre capacité à en assurer la gestion informatique à long terme, ce qui n’est actuellement pas le cas. 

Publications scientifiques (en préparation)

Présentations

Colas B. and Fernandez-Manjarres J. 2015. An analysis of plant conservation translocation in Europe. Oral presentation at the International Congress for Conservation Biology and European Congress for Conservation BiologyConference, Montpellier, France.

Colas B. 2018. Translocations d’espèces végétales en France. Réunion de travail Agence française pour la biodiversité-Conservatoires botaniques autour du projet BASC-Partenariats TransLocPlant. 11 avril 2018, Paris, France.

Colas B., Ferjani S., Mayeur A., Diallo M., Mihoub J.-B., Morin A., Robert A., Thévenin C., and Sarrazin F. 2019. TransLoc : Une base de données en ligne sur les translocations dans le paléarctique occidental. Présentation orale. Séminaire « Déployer des projets communs autour de la flore ligérienne. 10 décembre 2019, Tours, France.

A venir : Planta Europa (11-15 mai à Paris)

→LIEN VERS LA BASE DE DONNEES

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[1]revues dans Beck et al. 1994, Bottin et al. 2007, Menges 2008, Godefroid et al. 2010, Dalrymple et al. 2011

[2]IUCN & SSC 2013

[3] Muller 2016

[4]Fahslet 2007

[5]Colas, B., Kirchner, F., Riba, M., Olivieri, I., Mignot, A., Imbert, E., … Fréville, H. (2008). Restoration demography: A 10-year demographic comparison between introduced and natural populations of endemic Centaurea corymbosa(Asteraceae). Journal of Applied Ecology, 45(5), 1468–1476. https://doi.org/10.1111/j.1365-2664.2008.01536.x

[6]Thèse de Mohamed Diallo