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Dernière mise à jour : Mai 2018

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Portrait de Gladys Loranger-Merciris

Ecologue du sol : la recherche, un monde de défis

Portrait de Gladys Loranger-Merciris
Un stage sur la faune des sols post-BAC,… et le sort était jeté. Gladys soutient sa thèse en écologie des sols en 2001, et commence à collaborer avec l’INRA depuis son poste d’universitaire. Spécialiste dans sa discipline, elle reconnaît aussi l’importance d’explorer de nouveaux champs de recherche et de relever des défis professionnels. Enseignante-chercheuse à l’Université des Antilles et responsable du WP2 du projet AgroEcoDiv avec Régis, elle invite les méthodes de recherche participative dans l’étude de la vie des sols agricoles.

L’importance des sols : une prise de conscience récente

La recherche est un monde de défis que Gladys aime relever : d’abord en position d’outsider par le choix de sa discipline de thèse, c’est ensuite le challenge de son application à des objets de recherche peu conventionnels qu’elle relève.

Océane : Quelles sont les plus grandes évolutions du milieu de la recherche que tu as connues ?

Gladys : L'écologie des sols a connu vraiment une grosse explosion, durant les vingt dernières années. Au moment où j'ai débuté en thèse, l’écologie des sols n’était pas à la mode. Cependant, l'année où j'ai soutenu ma thèse, il y a eu 7 offres de maîtres de conférences en écologie des sols en France. A partir des années 2000, il y a eu un surcroît d'intérêt pour cette discipline. Cette évolution est liée la prise de conscience que le sol était central et que l'écologie des sols avait une grande importance dans le fonctionnement des écosystèmes terrestres.

 Océane : Peux-tu parler de ton parcours professionnel ?

Gladys :  En 2004, j’étais maître de conférences à l’Université Paris VI et j'ai commencé à collaborer avec l'INRA. J'ai ensuite été intégrée à l'Université des Antilles, et je suis restée dans mon équipe de recherche pendant quelques années. Puis j'ai changé 2 fois d'équipe. Parce qu’au bout d'un certain temps, on a envie de nouveaux défis. Dans ces cas, je tombe sur des champs de recherche qui sont plus éloignés de ce que je fais, mais qui me passionnent et me motivent. Par exemple, en ce moment, je travaille sur l’impact de la faune du sol sur les services écosystémiques (dynamique de la matière organique, stockage du carbone) en mangrove. Il y a peu de travaux qui s’intéressent à comment la faune du sol contribue au fonctionnement de l’écosystème mangrove.

  Notre territoire est une force : la proximité et la confiance, atout de la co-construction

Investie dès l’écriture d’AgroEcoDiv, Gladys confirme l’identité du projet autour de la Petite Agriculture Familiale et de la polyculture-élevage. AgroEcoDiv, ce sont aussi des approches participatives favorisées par la proximité territoriale, et qui requièrent la confiance entre parties prenantes au projet.

 Océane : J'aimerais que tu me racontes la genèse d'AgroEcoDiv.

Gladys : J'ai commencé à travailler avec l’INRA assez tôt sur AgroEcoTrop. Pour nous, AgroEcoDiv, c’était la suite logique. Alors, on a brainstormé sur les orientations qu'on voulait donner, en prenant en compte les recommandations des bailleurs de fond. Finalement, nous nous sommes centrés sur la Petite Agriculture Familiale et les systèmes de polyculture-élevage.

 Océane : Selon toi, quelle est l’originalité d’AgroEcoDiv ?

Gladys : Pour moi, l'originalité c'est vraiment essayer d'aller dans la démarche participative, de co-construire les choses avec les acteurs, les agriculteurs. On est sur un petit territoire donc on a une certaine proximité avec les gens. Cela permet d'être plus forts. On essaye en tout cas. Car ce n'est pas facile pour moi qui suis une femme de laboratoire, de partir de ce que proposent les agriculteurs. A l’inverse, j’ai toujours travaillé en collaboration avec les collègues d’autres disciplines de recherche. La collaboration permet d'intégrer de nouvelles compétences : maintenant, je suis capable de parler d'agroéconomie, de qualité, ou d'enzymologie, parce que j'ai travaillé avec des gens qui m'intègrent dans leur monde. Ça permet d'évoluer même si c'est toujours délicat de travailler avec des gens qui ne parlent pas le même langage. C'est important cette dimension humaine en fait, plus qu'on ne croit, pour avoir des collaborations efficaces, où chacun se fait confiance.

 Océane : Quels sont les exemples de co-construction dans le projet AgroEcoDiv ?

Gladys : On a deux exemples : il y a la ferme-pilote de Duclos, à Petit-Bourg. Et puis il y a tout ce qu'on a fait dans le cadre d’une thèse sur la diversité biologique du sol et les services écosystémiques dans des systèmes maraîchers. Un atelier avec des agriculteurs a permis de co-construire deux systèmes maraîchers agroécologiques qui ont été testés sur le site de Godet à Petit-Canal. Les agriculteurs ont pu voir l’évolution de l’expérimentation. Nous avons démontré au cours de ce travail que les pratiques préservant la biodiversité du sol permettaient la fourniture de services agroécosystémiques tels que la régulation des bioagresseurs, ou la structuration des sols.

  La recherche, entre investigations et transmissions

Une des difficultés rencontrées par les enseignant.e.s-chercheur.se.s est souvent le manque de temps pour assurer les différentes missions de l’enseignement supérieur et de la recherche : consolider les connaissances et les transmettre dans le même temps, le défi est de taille.

Océane : Quels sont les avantages et inconvénients de l’intérêt croissant pour l'écologie des sols ?

Gladys : Dans les inconvénients, il y a effectivement une plus forte concurrence, qui rend plus difficile la valorisation des travaux scientifiques, mais ça, c'est le jeu de la recherche. Par contre, on apprend sur beaucoup beaucoup de choses : moi qui suis enseignante, je trouve ça passionnant, parce qu'on a matière à partager. C'est vraiment une science en vogue.

 Océane : Comment arbitrer entre la recherche et la diffusion ?

Gladys : Les gens attendent beaucoup des résultats de recherche. Donc, on a ce double défi : faire de la bonne recherche avec des publications de bon niveau et également transmettre au grand public, aux agriculteurs,… En tant qu'enseignant-chercheur, il faut être conscient que l’on n’a pas 50% de temps pour la recherche, mais plutôt 20 à 30%. Surtout que je suis responsable de formation en même temps. Donc je fais beaucoup d’administratif. C'est bien de multiplier les projets, mais à côté, il faut continuer de rédiger des articles, de faire des manips,…

 Océane :  Je crois sincèrement que certaines personnes ne dorment pas la nuit et que tu dois en faire partie !

Gladys : Non, non, au contraire ! Il me faut au moins 8 heures de sommeil !