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Dernière mise à jour : Mai 2018

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Agroecodiv

Portrait de Gerardo Cebrián Torrejón

Pharmacien et biochimiste des plantes pour la santé humaine et animale

Portrait de Gerardo Cebrián Torrejón
Chercheur, enseignant et responsable de département de Chimie à l’Université des Antilles, Gerardo travaille sur les propriétés pharmacologiques des plantes, aussi bien pour la santé humaine que pour celle animale.

AgroEcoDiv, à l’interface santé humaine et santé animale

Gerardo détaille ses deux axes d’intervention dans le projet AgroEcoDiv, pour la santé humaine et animale. Pour cette dernière, c’est un nouveau champ de recherche qu’il investit, grâce à une collaboration avec un autre centre de recherche.

Océane : Peux-tu nous parler de ton parcours universitaire et professionnel ?

Gérardo : J’ai fait mes études en pharmacie et biochimie à Valence (Espagne). Puis, j’ai fait une thèse en chimie et pharmacochimie à Paris XI que j’ai soutenu en 2011. Je travaillais sur l’extraction à partir des plantes et la modification de cette extraction. Puis, j’ai réalisé des post-docs, à Valence, à Sao Paulo et à Rio de Janeiro, où j’ai appris à synthétiser des molécules organiques, à partir de produits naturels. Comme ça, j’ai travaillé sur la maladie de Chagas, sur le cancer, le paludisme…  Je me suis ensuite intéressé à l’écologie chimique et j’ai découvert un monde énorme sur les interactions plantes-insectes, et plantes-plantes. J’ai passé le concours de maître de conférences en Guadeloupe et je suis arrivé en décembre 2017, en enseignement-recherche dans le laboratoire COVACHIM-M2E à l’Université des Antilles. J’ai passé mon HDR, et je suis responsable du département de chimie.

Océane : Quelles ont été tes premières impressions en arrivant en Guadeloupe ?

Gerardo : Je ne connaissais pas du tout la Guadeloupe. C’est incroyable la biodiversité qu’on a ici. J’ai commencé à faire de la plongée, de la botanique... Au niveau de la recherche et de l’enseignement, quand je suis arrivé dans le laboratoire, l’axe de recherche sur la chimie des plantes était inactif. On a pu la réactiver avec les collègues, et maintenant on a beaucoup de collègues et d’étudiants motivés.

Océane : Quels ont été tes apports dans le programme AgroEcoDiv (AED) ?

Gérardo : Avec AED, on travaille sur 2 axes. D’abord, c’est la valorisation de la biodiversité et on explore différentes plantes et leurs propriétés pharmacologiques (antifongiques, antibiotiques et anti-alzheimer). Et avec un autre projet en collaboration avec l’Institut Pasteur, on travaille sur les propriétés insecticides des plantes pour lutter contre la dengue, le chikungunya, le zika… Et puis, deuxième axe, on collabore avec INRAE, avec Carine Marie-Magdeleine, sur l’activité antiparasitaire des plantes pour les ruminants.

 

Le Tramil, une ressource considérable en matière de plantes médicinales

Que ce soit pour usages professionnels ou personnels, Gerardo utilise et conseille d’utiliser le Tramil (Programme de recherche appliquée à l'usage populaire des plantes médicinales dans la Caraïbe) qui présente l’état des lieux des savoirs populaires sur les plantes médicinales dans la Caraïbe.

Océane : Comment travaillez-vous avec Carine ?

Gérardo : Sur la base de la médecine traditionnelle, de Tramil et de nos enquêtes, et avec une stagiaire, on a sélectionné des plantes et on a fait des extractions. On a sélectionné 4 ou 5 plantes dont on a identifié les molécules de l’activité antiparasitaire. Et grâce aux extractions, Carine a pu évaluer l’activité contre les parasites. Si tout se passe bien, on devrait avoir pas mal de résultats l’année prochaine, qu’on va partager, car c’est aussi ça AgroEcoDiv : il faut que l’information passe aux personnes qui ont des ruminants, car les antiparasitaires organiques sont beaucoup moins chers et moins toxiques que les antiparasitaires chimiques.

Océane : Quels liens fais-tu entre la santé humaine et la santé animale ?

Gérardo : Mon travail a toujours été la santé humaine, et c’est ici avec Carine que j’ai commencé à m’intéresser aux animaux. Il y a des plantes qui ont beaucoup de molécules dont elles sont multi-fonctionnelles. Par exemple, il y a une plante, la petite véronique, qui est étudiée pour ses propriétés antiparasitaires pour les ruminants et aussi pour ses propriétés anti-alzheimer.

Océane : Quelles sont les plantes que tu recommandes d’avoir dans son jardin ?

Gérardo : Ça dépend de la taille du jardin, mais le plus possible. Je crois qu’il faut se concentrer sur les plantes du Tramil. Moi celle que j’aime bien au niveau du travail, c’est la petite véronique (bacopa), elle est petite et trop mignonne, elle pousse là où il y a de l’eau et j’aime l’eau. C’est une bonne plante pour la mémoire, pour la tête. Tu peux la donner à n’importe qui, et la manger en salade par exemple.

 

Partager sur les plantes médicinales : des savoirs citoyens importants

Lors d’ateliers organisés pour le projet Jardin Créole Médicinal (JCM), Gerardo se rend compte de l’importance des savoirs citoyens sur les plantes médicinales, qui ne demandent qu’à être partagés, et dont la recherche devrait s’instruire.

Océane : Quelle est la demande des guadeloupéens en matière de connaissances des plantes médicinales ?

Gérardo : C’est énorme. On a un projet Jardin Créole Médicinal (JCM), financé par la Région et la CASBT (Communauté d’Agglomération du Sud Basse-Terre). On fait des ateliers à la Sylvathèque de Gourbeyre (ONF), une fois par mois, et c’est blindé de monde. Tu vois la connaissance que les personnes plus âgées ont, mais tu vois aussi qu’il y a des jeunes qui s’intéressent : ça fait un pont entre les générations. Nous, en tant qu’universitaires ou chercheurs, je crois qu’on devrait apprendre de ces personnes.

Océane : Tu as des exemples ?

Gérardo : Le meilleur exemple c’est Mme Marie Gustave, présidente de l’APLAMEDAROM (Association pour les Plantes Médicinales et Aromatiques de Guadeloupe). Elle est magnifique, je n’ai jamais vu ça. Pas seulement pour toute la connaissance qu’elle a, mais aussi pour sa capacité à partager de façon totalement bénévole. Il y en a d’autres comme ça. Dans le projet JCM, le Dr Henri Joseph est venu nous aider plusieurs fois. Et puis, il y a un groupe de jeunes qui a pris la main sur les ateliers, et qui commence à faire les ateliers. Ils ont créé l’association Valymwen.

Océane : Qu’est-ce-que le public de ces ateliers vient chercher ?

Gérardo : Il y a beaucoup de personnes d’ici qui connaissent déjà beaucoup sur les plantes médicinales. Tu ne peux pas raconter n’importe quoi parce qu’on te tape les doigts aujourd’hui. Je ne suis pas botaniste donc je peux me tromper. Ça fait partie du projet. Après, il y a des ateliers techniques aussi, où on apprend à faire des savons, des shampoings, de l’huile de coco… Les gens viennent pour voir. Donc je crois que c’est surtout pour partager que les gens viennent, car il y a un dialogue tout le temps.